Bonus auto pour la moto : ce que permet vraiment la réglementation
La réponse directe : non, votre bonus auto n'est pas transférable de plein droit vers un contrat moto. Le coefficient de réduction-majoration (CRM) est attaché à chaque contrat, pas au conducteur : l'annexe à l'article A121-1 du Code des assurances prévoit que chaque véhicule assuré possède son propre coefficient, qui évolue uniquement selon les sinistres survenus avec ce véhicule. À la souscription d'un premier contrat moto, vous démarrez donc réglementairement à 1,00, même avec un 0,50 en auto depuis quinze ans.
Mais la réglementation fixe un cadre, pas un tarif. Rien n'interdit à un assureur de reprendre commercialement votre bonus auto pour calculer la cotisation moto de départ — et cette pratique est aujourd'hui très répandue, en particulier chez les spécialistes du deux-roues et les mutuelles qui cherchent à équiper l'ensemble du foyer. Votre historique voiture est donc bien monnayable : encore faut-il savoir le présenter.
Le bonus-malus moto obéit aux mêmes règles que l'auto
Une fois le contrat moto souscrit, le CRM évolue exactement comme en auto : réduction de 5 % par année sans sinistre responsable (coefficient multiplié par 0,95), majoration de 25 % par sinistre responsable, plancher de 0,50 atteint après treize années vierges et plafond fixé à 3,50.
| Ancienneté sans sinistre | CRM | Cotisation payée |
|---|---|---|
| Souscription | 1,00 | 900 € |
| 1 an | 0,95 | 855 € |
| 3 ans | 0,85 | 765 € |
| 5 ans | 0,76 | 684 € |
| 10 ans | 0,57 | 513 € |
| 13 ans | 0,50 | 450 € |
- CRM (coefficient de réduction-majoration)
- Multiplicateur appliqué à la cotisation de référence : 0,50 divise la prime par deux, 1,25 la majore de 25 %.
- Descente rapide
- Après deux années consécutives sans sinistre responsable, un coefficient malussé revient automatiquement à 1,00, quel que soit son niveau.
- Véhicules hors clause
- Les deux et trois-roues de 80 cm³ ou moins échappent au bonus-malus : un scooter 50 ne génère donc jamais de coefficient.
La reprise du bonus auto : comment les assureurs valorisent votre volant
De nombreuses compagnies acceptent d'aligner votre CRM moto de départ sur votre coefficient auto, en totalité ou en partie. Les conditions typiques observées en 2026 : un bonus auto de 0,50 — parfois 0,68 minimum —, aucun sinistre responsable depuis deux ou trois ans et un relevé d'information de moins de 90 jours. Certains assureurs réservent la reprise à leurs clients auto existants ; les spécialistes moto l'accordent aussi aux nouveaux venus pour capter les bons profils.
L'impact est massif : sur une cotisation de référence de 900 €, un CRM repris à 0,50 ramène la prime à 450 €, quand un départ à 1,00 assorti d'une éventuelle surprime de conducteur novice moto peut la porter au-delà de 1 100 €.
Le chiffre
-50 %L'économie immédiate obtenue sur la cotisation de référence lorsqu'un assureur reprend intégralement un bonus auto maximal de 0,50 à la souscription du contrat moto.
Les avantages
- Cotisation de départ divisée jusqu'à deux
- Accès facilité aux formules intermédiaire et tous risques
- Cumulable avec la remise multi-contrats (5 à 15 %)
- Point de départ conservé puis amélioré année après année
Les limites
- Geste commercial, jamais un droit opposable
- Souvent réservé aux bonus élevés et aux dossiers sans sinistre
- Parfois appliqué en simple remise, sans modifier le CRM officiel
- N'efface pas toujours la surprime liée à un permis moto récent
Qui en profite le plus ? Les conducteurs expérimentés qui passent à la moto à 35 ou 45 ans, avec un permis A tout neuf mais quinze ou vingt ans de volant derrière eux : pour eux, la reprise neutralise l'essentiel du coût d'entrée. Un bonus auto intermédiaire — 0,72 ou 0,80 — obtient plus souvent une reprise partielle ou une remise de bienvenue de 10 à 20 %, ce qui reste toujours préférable à un départ sec au coefficient 1,00.
« Le relevé d'information auto est la pièce la plus rentable d'un dossier moto : dix minutes pour l'obtenir, jusqu'à 450 € d'économie dès la première année. Présentez-le systématiquement, même quand l'assureur ne le réclame pas. »
Démarches : obtenir votre relevé et négocier
- Demandez votre relevé d'information auto.
Par email ou depuis votre espace client : l'assureur doit le délivrer sous quinze jours, conformément à la clause type de l'annexe à l'article A121-1.
- Vérifiez les mentions.
CRM actuel, date de souscription, sinistres des cinq dernières années et conducteurs désignés : toute erreur se corrige avant la négociation, pas après.
- Interrogez d'abord votre assureur auto.
La détention multiple est son meilleur levier de fidélisation : demandez explicitement la reprise du bonus et la remise multi-équipement, les deux se cumulent.
- Faites jouer la concurrence spécialisée.
Sollicitez deux ou trois acteurs du deux-roues en joignant le relevé : mentionnez la meilleure reprise obtenue pour tirer les offres vers le haut.
- Exigez la trace écrite.
Le coefficient retenu doit figurer noir sur blanc aux conditions particulières : c'est lui qui servira de base à vos futurs relevés moto.
Après la souscription : deux coefficients, deux vies séparées
Bonne nouvelle : une fois les contrats en place, les deux coefficients évoluent de façon totalement étanche. Un accident responsable à moto majore le CRM moto de 25 % mais laisse votre bonus auto intact, et réciproquement. Cette indépendance protège votre historique le plus précieux : un motard débutant maladroit ne compromet pas quinze ans de conduite automobile exemplaire.
Le mécanisme fonctionne aussi en sens inverse : un CRM moto solide constitue un argument à la souscription d'un contrat auto, et le transfert de coefficient reste de droit lorsque vous remplacez votre moto par une autre sur le même contrat. Enfin, si la reprise commerciale a réellement fixé votre CRM contractuel — et non une simple remise —, ce coefficient vous suit chez tout nouvel assureur via le relevé d'information moto.
Attention
Ne déclarez jamais un bonus que vous ne pouvez pas justifier par un relevé d'information : une fausse déclaration intentionnelle expose à la nullité du contrat (article L113-8 du Code des assurances), au rappel des cotisations et à un fichage AGIRA qui compliquera toute souscription future.