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Décennale : quels métiers sont concernés par l’obligation ?

Sont concernés par l'assurance décennale tous les professionnels qui réalisent un ouvrage : du terrassier au couvreur, du plombier à l'architecte. Ce n'est pas le métier qui déclenche l'obligation, mais la nature des travaux — dès qu'ils touchent à la solidité ou à la destination d'un bâtiment (article 1792 du Code civil). Voici la liste des métiers concernés — gros œuvre, second œuvre et études — et la frontière avec les activités qui y échappent.

Dossier Professionnels Lecture 7 min Mise à jour juillet 2026 2 sous-dossiers
Chantier de maison avec plusieurs corps de métier au travail, tous concernés par l'obligation d'assurance décennale
Maçon, couvreur, électricien, architecte : dès qu'un professionnel réalise un ouvrage, la décennale devient obligatoire.Photo — assurances.fm
En bref — l’essentiel du dossierRéf. DCN-04
Principe
Tout constructeur d'un ouvrage (art. 1792 et 1792-1 du Code civil)
Gros œuvre
Maçon, terrassier, charpentier, couvreur, étancheur — concernés
Second œuvre
Plombier, électricien, menuisier, plaquiste, carreleur — selon les travaux
Conception
Architecte, maître d'œuvre, bureau d'études — concernés
Le critère
Réaliser un ouvrage, pas le titre ni le statut
Hors décennale
Entretien courant, mobilier dissociable, négoce sans pose
Base légale
Art. L241-1 du Code des assurances

Décennale obligatoire : quels métiers sont concernés ?

Sont concernés par la décennale obligatoire tous les constructeurs qui réalisent un ouvrage, quel que soit leur corps de métier ou leur statut. La loi vise « tout constructeur d'un ouvrage » (articles 1792 et 1792-1 du Code civil) : entrepreneurs et artisans, mais aussi architectes, maîtres d'œuvre et bureaux d'études liés au maître d'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage.

La logique n'est pas de dresser une liste de professions autorisées, mais de partir de la nature des travaux. Un même artisan peut être concerné pour un chantier et pas pour un autre, selon qu'il réalise ou non un ouvrage. C'est cette bascule qu'il faut comprendre pour savoir si votre activité relève de l'obligation.

L'enjeu est loin d'être théorique : exercer une activité soumise à la décennale sans être assuré est un délit, puni de 75 000 € d'amende, et expose le professionnel à réparer sur son patrimoine personnel des désordres qui se chiffrent souvent en dizaines de milliers d'euros. Savoir si l'on est concerné est donc la toute première question à régler, avant même d'immatriculer son entreprise.

À retenir

Ce n'est pas votre titre qui déclenche l'obligation, mais le fait de réaliser un ouvrage. Un professionnel qui construit, rénove lourdement ou installe un élément indissociable du bâti est concerné, même sans le mot « bâtiment » dans son intitulé.

Le vrai critère : réaliser un « ouvrage »

La décennale s'applique dès lors que les travaux constituent un ouvrage ou un élément d'équipement indissociable de l'ouvrage. La notion, forgée par la jurisprudence, recouvre les travaux de construction, d'extension ou de rénovation lourde qui s'incorporent durablement au bâti.

Ouvrage
Construction immobilière incorporée au sol de façon durable : maison, extension, dalle, charpente, réseau enterré. Sa réalisation engage la décennale.
Élément d'équipement indissociable
Équipement dont la dépose détériorerait l'ouvrage : canalisation encastrée, plancher chauffant, huisserie scellée. Il suit le régime décennal.
Élément dissociable
Équipement démontable sans dégât au bâti (volet, radiateur, meuble) : il relève de la garantie biennale, pas de la décennale.

Deux exemples fixent la frontière. Repeindre un mur, poser une cuisine démontable ou remplacer un radiateur ne crée aucun ouvrage : pas de décennale. À l'inverse, couler une dalle, encastrer un réseau, sceller une véranda ou monter une charpente engage la solidité ou la destination du bâtiment, et la décennale s'impose. Entre les deux, c'est toujours l'incorporation durable au bâti qui tranche.

Gros œuvre : les métiers en première ligne

Les métiers du gros œuvre sont concernés sans discussion : ils construisent la structure même du bâtiment. Un désordre y compromet la solidité de l'ouvrage, c'est-à-dire le cœur de la garantie décennale.

Métiers du gros œuvre et travaux relevant de la décennale
MétierTravaux typiquesDécennale
MaçonFondations, murs porteurs, dalleOui
TerrassierTerrassement, VRD, assainissementOui
CharpentierCharpente bois ou métalliqueOui
CouvreurToiture, zinguerieOui
ÉtancheurÉtanchéité toiture-terrasse, sous-solOui
Constructeur de maison individuelleOuvrage complet, clos et couvertOui

Ces métiers concentrent aussi les primes les plus élevées, car un sinistre y touche le plus souvent la structure : reprise de fondations, réfection de charpente ou d'étanchéité se chiffrent en dizaines de milliers d'euros. L'obligation n'y souffre aucune exception, pas même pour une micro-entreprise qui ouvre son premier chantier.

Second œuvre : concerné dès qu'il touche à l'ouvrage

Le second œuvre est concerné dès que son intervention s'incorpore durablement au bâti ou conditionne l'usage de l'ouvrage. La plupart de ces métiers relèvent donc de la décennale, à quelques nuances près selon la nature exacte des travaux.

Métiers du second œuvre face à l'obligation décennale
MétierCas relevant de la décennaleDécennale
Plombier-chauffagisteRéseaux encastrés, plancher chauffantOui
ÉlectricienInstallation encastrée, tableau, photovoltaïque intégréSelon travaux
Menuisier poseurFenêtres, portes, fermetures scelléesOui
Plaquiste-plâtrierCloisons, doublage, isolation intérieureOui
CarreleurCarrelage scellé au sol et au murOui
Peintre-ravaleurRavalement avec fonction d'imperméabilitéSelon travaux

L'électricien illustre bien cette frontière : remplacer un tableau ou poser un luminaire dissociable n'engage pas la décennale, alors qu'une installation encastrée intégrée au bâti ou un système photovoltaïque en fait partie. Le partage précis, travaux par travaux, figure dans notre analyse de la décennale de l'électricien selon vos travaux.

Le peintre illustre l'autre versant. La peinture décorative pure échappe à la décennale, mais un ravalement qui assure l'étanchéité de la façade, ou un revêtement d'imperméabilisation, y bascule. Là encore, ce n'est pas l'intitulé « peintre » qui décide, mais la fonction technique du travail réalisé sur l'ouvrage.

Études et maîtrise d'œuvre : les concepteurs aussi responsables

Les professionnels de la conception sont autant concernés que ceux qui posent : un défaut de plan ou de calcul engage la décennale au même titre qu'une malfaçon d'exécution. La responsabilité de dix ans ne distingue pas la main de l'esprit.

  • Architectes : conception, plans, direction de l'exécution des travaux ;
  • Maîtres d'œuvre : coordination et suivi du chantier ;
  • Bureaux d'études techniques : structure, thermique, fluides ;
  • Ingénieurs-conseils et économistes de la construction liés au maître d'ouvrage.

Le contrôleur technique et le géomètre relèvent de régimes voisins mais spécifiques ; l'essentiel reste le même : concevoir un ouvrage engage la même garantie de dix ans que le construire.

Cette responsabilité partagée explique que, sur un même chantier, plusieurs décennales se superposent : celle du concepteur, celle de chaque corps d'état et, en cas de désordre, l'assurance dommages-ouvrage du maître d'ouvrage, qui préfinance les réparations avant de se retourner contre les responsables. Chacun répond de sa part.

Les métiers à la frontière de l'obligation

Certains métiers basculent dans l'obligation selon la nature exacte de leur prestation. La règle ne change pas : y a-t-il réalisation d'un ouvrage ? Le cuisiniste qui se contente de poser des meubles démontables reste hors champ, mais s'il crée un plan de travail maçonné ou raccorde des réseaux encastrés, il touche à l'ouvrage. Le paysagiste en est toutefois l'exemple le plus parlant.

Tant qu'il plante, taille ou entretient, le paysagiste n'est pas soumis à la décennale. Mais dès qu'il coule une terrasse, monte un muret, une clôture maçonnée, un mur de soutènement ou pose un réseau d'arrosage enterré, il réalise un ouvrage et entre dans l'obligation. Cette bascule est détaillée dans notre dossier sur la décennale du paysagiste quand le jardin devient ouvrage.

Le statut ne change rien à l'obligation

La forme juridique n'entre pas en ligne de compte : micro-entreprise, entreprise individuelle, SARL, SAS ou société coopérative, l'obligation d'assurance décennale est identique dès le premier chantier facturé. Un auto-entrepreneur du bâtiment est concerné exactement comme une entreprise générale de plusieurs salariés — seul le tarif de la prime, indexé sur le chiffre d'affaires, diffère.

La sous-traitance obéit à une logique voisine. Le sous-traitant reste un constructeur : il doit être assuré pour les travaux qu'il réalise, et l'entreprise principale doit couvrir l'ensemble des lots qu'elle prend en charge. Une entreprise générale qui confie l'électricité à un tiers a tout intérêt à vérifier l'attestation de ce dernier, faute de quoi elle répond seule des désordres devant le maître d'ouvrage.

Bon à savoir

La question « suis-je concerné ? » se double toujours d'une seconde : « pour quelles activités ? ». Un artisan polyvalent doit déclarer chacun de ses métiers au contrat — gros œuvre et second œuvre confondus — car la garantie ne joue que pour les activités listées, chantier par chantier.

Concernés par la décennale

  • Tous les métiers du gros œuvre (structure, toiture, étanchéité) ;
  • Le second œuvre incorporé au bâti (plomberie, électricité intégrée, menuiserie scellée) ;
  • Architectes, maîtres d'œuvre et bureaux d'études ;
  • Constructeurs de maisons individuelles et promoteurs ;
  • Piscinistes, poseurs de vérandas, installateurs de panneaux intégrés.

En principe hors décennale

  • Entretien courant, nettoyage, espaces verts sans ouvrage ;
  • Pose de mobilier dissociable (cuisiniste, dressing) ;
  • Petites réparations n'affectant ni la solidité ni la destination ;
  • Fournisseurs et négociants de matériaux sans pose ;
  • Diagnostiqueurs, décorateurs d'intérieur, home stagers.

Attention

Une activité non déclarée au contrat équivaut à une absence d'assurance sur ce lot. Un plombier qui pose aussi du carrelage sans l'avoir mentionné n'est pas couvert pour ce travail : listez chaque activité réellement exercée, même occasionnelle.

10 ansde garantie pour tout métier réalisant un ouvrage
1792l'article du Code civil qui définit le constructeur
75 000 d'amende en cas d'activité exercée sans décennale

« La bonne question n'est jamais “quel est mon métier ?” mais “est-ce que je réalise un ouvrage ?”. Deux artisans du même corps de métier peuvent avoir des obligations différentes selon le chantier du jour. »

La rédaction assurances.fm

Pour aller plus loin dans le dossier

2 sous-dossiers — niveau 3

Vos questions, nos réponses

FAQ — 5 questions
Quels métiers doivent souscrire une assurance décennale ?

Tous ceux qui réalisent un ouvrage : maçons, terrassiers, charpentiers, couvreurs et étancheurs du gros œuvre, mais aussi plombiers, électriciens, menuisiers, plaquistes et carreleurs du second œuvre dès que leurs travaux s'incorporent au bâti. Les architectes, maîtres d'œuvre et bureaux d'études sont concernés au même titre pour la conception.

Le paysagiste est-il concerné par la décennale ?

Cela dépend des travaux. Planter, tailler et entretenir un jardin n'engage pas la décennale. En revanche, couler une terrasse, monter un muret ou une clôture maçonnée, construire un mur de soutènement ou poser un arrosage enterré revient à réaliser un ouvrage : le paysagiste bascule alors dans l'obligation d'assurance décennale.

Un électricien a-t-il besoin d'une décennale ?

Oui pour tout ce qui est intégré au bâti : installation encastrée, tableau, réseau noyé dans les cloisons, plancher chauffant ou photovoltaïque intégré à la toiture. Un simple dépannage ou le remplacement d'un appareillage dissociable en est exclu. La plupart des électriciens souscrivent une décennale car leurs chantiers mêlent souvent les deux types de travaux.

Comment savoir si mon activité est soumise à la décennale ?

Posez-vous une seule question : mes travaux constituent-ils un ouvrage ou un élément indissociable du bâti ? Si oui, la décennale est obligatoire ; si non (entretien, mobilier dissociable, petite réparation), elle ne l'est pas. En cas de doute, chaque activité réellement exercée doit être déclarée à l'assureur, car un lot non listé n'est jamais couvert.

Un architecte ou un bureau d'études doit-il être assuré en décennale ?

Oui. En tant que constructeurs au sens de l'article 1792-1 du Code civil, architectes, maîtres d'œuvre et bureaux d'études techniques engagent leur responsabilité décennale pour les défauts de conception. Un vice de plan ou de calcul qui compromet la solidité ou la destination de l'ouvrage relève de leur garantie, exactement comme une malfaçon d'exécution.

La rédaction d’assurances.fm Dossier DCN-04 rédigé, structuré et relu par notre équipe éditoriale. Contenus vérifiés — mise à jour juillet 2026.
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