Départ d'un colocataire : ce que devient l'assurance habitation
Le départ d'un colocataire ne met pas fin à l'assurance habitation : le contrat continue de courir, mais il ne correspond plus à la réalité du risque déclaré. Vous devez donc le mettre à jour — ou le résilier — dans les 15 jours qui suivent le changement, comme l'exige l'article L113-2 du Code des assurances pour toute circonstance nouvelle. La bonne démarche dépend d'un seul critère : la façon dont la colocation est assurée.
Deux organisations coexistent en France. Dans le contrat unique — le montage le plus répandu —, un colocataire souscrit une multirisque habitation pour le compte de la colocation et tous les occupants sont nommés au contrat. Dans le montage à contrats individuels, chaque colocataire détient sa propre assurance couvrant au minimum les risques locatifs (incendie, explosion, dégâts des eaux), obligation posée par l'article 7 g de la loi du 6 juillet 1989.
- Contrat unique, le souscripteur part : le contrat doit être repris par un colocataire restant (nouvelle souscription ou changement de souscripteur), faute de quoi le logement se retrouve sans couverture à la prochaine échéance ;
- Contrat unique, un colocataire nommé part : un simple avenant retire son nom et ajoute, le cas échéant, celui du remplaçant ;
- Contrats individuels : le partant résilie le sien, le remplaçant souscrit le sien, les restants n'ont rien à faire.
Bon à savoir
Un colocataire qui n'est pas nommé au contrat unique n'est pas assuré. S'il provoque un incendie ou un dégât des eaux, l'assureur peut refuser de mobiliser la garantie responsabilité civile pour son compte, puis se retourner contre lui personnellement après avoir indemnisé les victimes.
Colocataire sortant : résilier, transférer ou faire retirer son nom
Si vous êtes le souscripteur, vous disposez de trois leviers. Le plus simple est le transfert : l'assureur déplace le contrat vers votre nouveau logement par avenant, avec recalcul de la prime selon la surface et la commune. Vous pouvez aussi résilier pour changement de domicile sur le fondement de l'article L113-16 du Code des assurances : notification dans les 3 mois suivant le déménagement, résiliation effective 1 mois plus tard, avec remboursement de la prime au prorata de la période non courue. Enfin, si le contrat a plus d'un an, la résiliation infra-annuelle joue à tout moment, sans frais ni justification.
Si vous n'êtes pas le souscripteur, demandez par écrit le retrait de votre nom et conservez la confirmation de l'assureur : c'est elle qui matérialise la fin de votre qualité d'assuré — et de votre part de cotisation si vous la remboursiez aux autres. Pensez surtout à assurer votre nouveau logement dès la remise des clés : l'attestation vous sera réclamée à la signature du bail suivant.
Colocataires restants : l'avenant à demander sous 15 jours
Pour ceux qui restent, la démarche tient en un avenant. Contactez l'assureur, indiquez la date de départ, le nom du sortant et, s'il y a un remplaçant, son identité complète. L'avenant est gratuit chez la plupart des assureurs ; quelques compagnies facturent 15 à 30 € de frais de dossier. La prime peut être ajustée dans les deux sens : baisse si le nombre d'occupants et le capital mobilier diminuent, hausse si le remplaçant apporte des biens de valeur ou exerce une activité à domicile.
L'arrivée d'un remplaçant se déclare à deux interlocuteurs : l'assureur, par avenant au contrat, et le bailleur, par avenant au bail signé de tous. Un remplaçant absent du contrat est un occupant inconnu de l'assureur : sa responsabilité civile n'est pas garantie et ses biens n'entrent pas dans le capital mobilier indemnisable.
Attention
Ne rien déclarer expose toute la colocation à la règle proportionnelle de l'article L113-9 du Code des assurances : en cas de sinistre, l'indemnité est réduite dans le rapport entre la prime payée et celle qui aurait été due. Une omission volontaire peut même entraîner la nullité du contrat (article L113-8), primes conservées par l'assureur.
Contrat unique ou contrats individuels : les démarches comparées
| Situation | Contrat unique | Contrats individuels |
|---|---|---|
| Le souscripteur quitte le logement | Changement de souscripteur ou nouvelle souscription par un restant | Il résilie son contrat, les autres ne font rien |
| Un colocataire nommé part | Avenant de retrait de nom, gratuit à 30 € | Résiliation L113-16 ou infra-annuelle |
| Un remplaçant arrive | Avenant d'ajout de nom, mise à jour du capital mobilier | souscription : 60 à 130 €/an |
| Personne ne remplace le partant | prime recalculée : − 5 à − 15 % | Aucune démarche pour les restants |
| Risque si rien n'est fait | Indemnité réduite, occupant non couvert | Logement partiellement non assuré |
Le contrat unique reste le plus économique et le plus simple à gérer au quotidien, mais chaque mouvement dans la colocation impose un avenant. Les contrats individuels multiplient les cotisations — comptez 60 à 130 € par an et par personne en 2026 — en échange d'une indépendance totale : le départ de l'un ne fragilise jamais la couverture des autres.
Les 5 démarches dans l'ordre
- Datez le départ.
L'état des lieux de sortie ou l'avenant au bail fixe la date opposable à l'assureur ; c'est elle qui fait courir le délai de déclaration de 15 jours.
- Prévenez l'assureur par écrit.
Espace client, courriel ou lettre recommandée : indiquez le nom du sortant, la date effective et l'identité de l'éventuel remplaçant.
- Mettez le contrat à jour.
Vérifiez le capital mobilier déclaré, le nombre d'occupants et les garanties optionnelles (vol, bris de glace, objets de valeur) devenues inutiles — ou manquantes.
- Récupérez la nouvelle attestation.
Transmettez-la au bailleur : il peut l'exiger chaque année et à chaque changement de colocataire, et le nom de chaque occupant doit y figurer.
- Le partant s'assure ailleurs.
Son nouveau contrat doit prendre effet le jour de la remise des clés du logement suivant, sans un seul jour de carence.
Prime, solidarité, dépôt de garantie : les questions d'argent
Une multirisque habitation pour une colocation de trois personnes en T3 ou T4 coûte entre 180 et 320 € par an en 2026 selon la ville, la surface et le capital mobilier ; le départ d'un colocataire sans remplaçant fait généralement baisser la prime de 5 à 15 %. La répartition de la cotisation entre occupants relève d'un accord privé : l'assureur ne connaît qu'un payeur, le souscripteur, à qui il incombe de récupérer les quotes-parts.
Ne confondez pas assurance et solidarité locative. La clause de solidarité du bail, encadrée par la loi ALUR du 24 mars 2014, maintient l'obligation du sortant au paiement du loyer jusqu'à 6 mois après la fin de son préavis si aucun remplaçant ne le relève. Rien de tel côté assurance : dès que son nom est retiré du contrat, le sortant ne doit plus rien — et n'est plus couvert. Le texte de référence qui régit la colocation, la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, est consultable en version consolidée sur Légifrance.
Le chiffre
6 moisC'est la durée maximale pendant laquelle un colocataire sorti reste solidaire du loyer en l'absence de remplaçant (loi ALUR). Sa couverture d'assurance, elle, s'arrête dès le retrait de son nom du contrat : deux horloges différentes à ne pas confondre.