La référence française de l’assurance indépendante & pédagogique Édition 2026 619 pages mise à jour juillet 2026
Accueil Épargne & emprunt assurance emprunteur convention aeras refus assurance prêt immobilier fausse déclaration assurance emprunteur Réf. EMP-05.03.02 — Niveau 4

Fausse déclaration à l’assurance emprunteur : des risques démesurés

Omettre un antécédent ou minorer sa consommation de tabac lors d'une fausse déclaration à l'assurance emprunteur peut coûter bien plus cher que la surprime évitée. Selon son caractère intentionnel ou non, la sanction va de la simple réduction de l'indemnité à la nullité pure et simple du contrat — laissant votre famille rembourser seule le capital restant dû. Bonne nouvelle : les dispositifs légaux de 2026 rendent ce pari totalement inutile.

Dossier Épargne & emprunt Lecture 5 min Mise à jour juillet 2026 Dossier terminal
Un emprunteur relit avec inquiétude un courrier de son assureur concernant une clause de son contrat d'assurance de prêt immobilier
Une déclaration inexacte peut se retourner contre l'emprunteur des années après la signature du crédit.Photo — assurances.fm
En bref — l’essentiel du dossierRéf. EMP-05.03.02
Sanction si intentionnelle
Nullité du contrat, primes conservées par l'assureur (art. L113-8)
Sanction si de bonne foi
Réduction proportionnelle de l'indemnité (art. L113-9)
Délai d'action de l'assureur
2 ans à compter de la découverte (art. L114-1)
Questionnaire supprimé si
Part assurée ≤ 200 000 € et prêt soldé avant 60 ans (loi Lemoine)
Alternative recommandée
Droit à l'oubli, convention AERAS, mise en concurrence des assureurs

Fausse déclaration à l'assurance emprunteur : de quoi parle-t-on ?

Une fausse déclaration désigne toute réponse inexacte, incomplète ou volontairement omise au questionnaire de santé ou au questionnaire fumeur remis à la souscription. Antécédent cardiaque passé sous silence, arrêt de travail long oublié, paquets de cigarettes minorés : dès lors que l'information aurait modifié l'appréciation du risque par l'assureur, la déclaration est réputée inexacte. Le Code des assurances distingue alors deux situations aux conséquences très différentes, selon que l'omission est intentionnelle ou de bonne foi.

L'enjeu n'a rien de théorique. L'assurance emprunteur couvre un capital qui atteint fréquemment 200 000 à 300 000 €, et le sinistre — décès, invalidité, arrêt de travail prolongé — survient souvent des années après la signature, quand la déclaration initiale est impossible à corriger. C'est précisément à ce moment, celui où votre famille a le plus besoin de la garantie, que l'assureur rouvre et réexamine votre dossier médical.

Les deux régimes de sanction de la fausse déclaration
CritèreDéclaration intentionnelleDéclaration de bonne foi
Texte applicableArt. L113-8Art. L113-9
Intention de tromperProuvéeAbsente
Sort du contratNul, réputé n'avoir jamais existéMaintenu
Indemnisation du sinistre0 €Réduite au prorata des primes
Primes déjà verséesConservées par l'assureurAjustées pour l'avenir

Fausse déclaration intentionnelle : la nullité du contrat

Lorsqu'elle est intentionnelle, la fausse déclaration entraîne la nullité du contrat, la sanction la plus lourde du droit des assurances. L'article L113-8 du Code des assurances est sans ambiguïté : le contrat est réputé n'avoir jamais existé, l'assureur ne verse aucune indemnité et conserve à titre de dommages-intérêts l'intégralité des primes déjà payées. Concrètement, au décès de l'emprunteur, le capital restant dû n'est pas soldé : il retombe sur les co-emprunteurs et les héritiers, qui doivent poursuivre le remboursement du crédit ou vendre le bien financé.

Attention

La nullité peut être prononcée même lorsque la fausse déclaration est sans lien avec le sinistre. Un antécédent cardiaque dissimulé peut faire annuler la garantie alors même que le décès résulte d'un accident de la route : c'est la sincérité de la déclaration qui est sanctionnée, pas son lien de causalité avec le sinistre.

Pour obtenir cette nullité, l'assureur doit toutefois apporter une double preuve : celle du caractère inexact de la déclaration et celle de la volonté délibérée de le tromper. Depuis deux arrêts de la Cour de cassation rendus en 2021 et 2022, cette exigence s'est nettement renforcée : les questions posées doivent avoir été précises et non équivoques. Un questionnaire flou ou des questions trop générales ne peuvent plus, à eux seuls, fonder une annulation.

Le chiffre

213 000 €

C'est l'ordre de grandeur du capital restant dû sur un crédit immobilier moyen soldé après huit années de remboursement : la somme qui retombe intégralement sur les proches en cas de nullité du contrat.

Fausse déclaration de bonne foi : la règle proportionnelle

Si l'inexactitude résulte d'une simple erreur ou d'un oubli, sans intention de tromper, la sanction est bien plus mesurée. L'article L113-9 applique la règle proportionnelle de prime : l'indemnité est réduite dans la proportion entre la prime réellement payée et celle qui aurait été due si le risque avait été correctement déclaré. Le contrat, lui, reste valable.

Un exemple éclaire le mécanisme. Un emprunteur a payé 900 € de cotisation annuelle ; avec la déclaration exacte de son antécédent, l'assureur aurait exigé 1 200 €. En cas de sinistre, l'indemnité est ramenée au rapport 900 / 1 200, soit 75 % : sur un capital de 200 000 €, l'assureur ne rembourse que 150 000 € et laisse 50 000 € à la charge de la famille. La bonne foi limite donc les dégâts, sans les effacer.

Bon à savoir

Si la fausse déclaration de bonne foi est constatée avant tout sinistre, l'assureur ne peut qu'augmenter la prime pour l'avenir ou résilier le contrat sous dix jours en remboursant la portion de prime non courue. Il ne peut jamais refuser rétroactivement une garantie déjà acquise.

Comment l'assureur détecte-t-il une déclaration inexacte ?

Le contrôle intervient presque toujours au moment du sinistre, rarement avant. Tant que vous réglez vos cotisations, l'assureur n'a aucune raison de rouvrir votre dossier. Mais dès qu'une demande de prise en charge est déposée, un médecin-conseil examine l'historique médical : relevés de l'Assurance maladie, comptes rendus hospitaliers, ordonnances, arrêts de travail antérieurs. Une pathologie connue avant la souscription mais non déclarée apparaît alors immédiatement.

L'assureur ne dispose cependant pas d'un délai illimité pour agir. La prescription biennale de l'article L114-1 lui impose d'engager toute action dans les deux ans à compter du jour où il a eu connaissance de la fausse déclaration — c'est-à-dire, en pratique, à compter de son enquête post-sinistre. Passé ce délai, il ne peut plus se prévaloir de l'inexactitude pour refuser sa garantie.

« Nous voyons régulièrement des dossiers où la surprime évitée représentait 15 à 20 € par mois, quand la nullité prononcée laisse une dette de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Le calcul n'est jamais favorable à l'emprunteur : déclarer l'antécédent coûte toujours infiniment moins cher que de le cacher. »

La rédaction assurances.fm

Les alternatives qui rendent le mensonge inutile

Dissimuler un antécédent n'a plus aucune justification en 2026, tant les dispositifs légaux se sont développés pour assurer les profils dits à risque. Trois leviers rendent la fausse déclaration à la fois dangereuse et superflue.

  • La suppression du questionnaire de santé. Depuis la loi Lemoine, aucune question médicale n'est posée si la part assurée par emprunteur ne dépasse pas 200 000 € et si le prêt s'achève avant votre 60e anniversaire.
  • Le droit à l'oubli. Un cancer ou une hépatite C dont le protocole thérapeutique est terminé depuis plus de cinq ans n'a plus à être déclaré à l'assureur.
  • La convention AERAS. Pour les risques aggravés situés hors de ces deux cadres, elle organise un examen du dossier à trois niveaux et plafonne les surprimes des revenus modestes.

Face à une surprime jugée excessive, la bonne démarche n'est jamais de mentir mais de mettre plusieurs assureurs en concurrence : à antécédent strictement égal, les grilles de tarification varient fortement d'un acteur à l'autre, et un refus chez l'un se transforme souvent en acceptation raisonnable chez l'autre. Le détail officiel des dispositifs d'accès à l'assurance est consultable sur service-public.fr.

Vos questions, nos réponses

FAQ — 3 questions
Que risque-t-on en cas de fausse déclaration à l'assurance emprunteur ?

Si la fausse déclaration est jugée intentionnelle, le contrat est frappé de nullité (art. L113-8) : l'assureur ne verse rien, conserve les primes et le capital restant dû retombe sur les co-emprunteurs et les héritiers. Si elle est de bonne foi, l'indemnité est simplement réduite au prorata des primes payées (art. L113-9), le contrat restant valable.

Une fausse déclaration non intentionnelle est-elle sanctionnée ?

Oui, mais beaucoup plus légèrement. La règle proportionnelle de prime réduit l'indemnité dans le rapport entre la cotisation réellement payée et celle qui aurait été due avec une déclaration exacte. Si l'erreur est découverte avant tout sinistre, l'assureur peut seulement majorer la prime pour l'avenir ou résilier en remboursant la part non courue.

L'assureur peut-il annuler mon assurance de prêt des années après la souscription ?

Oui, tant qu'il n'a pas eu connaissance de l'inexactitude : le contrôle a lieu le plus souvent au moment du sinistre, via l'examen du dossier médical par un médecin-conseil. En revanche, une fois la fausse déclaration découverte, il dispose d'un délai de deux ans pour agir (prescription biennale, art. L114-1), au-delà duquel il ne peut plus s'en prévaloir.

La rédaction d’assurances.fm Dossier EMP-05.03.02 rédigé, structuré et relu par notre équipe éditoriale. Contenus vérifiés — mise à jour juillet 2026.
Vérifié
assurances.fm
juillet 2026