Feu de cheminée et assurance : êtes-vous couvert ?
Oui, dans la quasi-totalité des cas : le feu de cheminée est pris en charge par la garantie incendie, présente dans le socle de tout contrat multirisque habitation. L'article L122-1 du Code des assurances impose à l'assureur de répondre de tous les dommages causés par « conflagration, embrasement ou simple combustion » : l'inflammation du bistre et des suies dans le conduit entre pleinement dans cette définition. Sont donc indemnisés les dégâts au conduit lui-même (tubage fissuré, boisseaux éclatés), à la toiture et à la charpente, mais aussi les dommages indirects : dépôts de suie sur les murs et le mobilier, dégâts des eaux causés par l'intervention des pompiers, frais de déblais et de décontamination des fumées.
Une limite légale mérite d'être connue : le même article L122-1 exclut, sauf extension prévue au contrat, les dommages causés par la seule action de la chaleur sans commencement d'incendie — un parquet roussi devant l'âtre par une braise, un manteau de cheminée fendu par la dilatation. La plupart des contrats de milieu et de haut de gamme rachètent cette exclusion : vérifiez la mention « dommages ménagers » ou « action de la chaleur » dans vos conditions générales.
Le chiffre
≈ 12 000feux de conduit de cheminée sont recensés chaque année en France par les services d'incendie et de secours. Dans plus de 8 cas sur 10, le sinistre trouve son origine dans un conduit encrassé ou fissuré — exactement ce que le ramonage annuel permet d'éviter.
Ramonage obligatoire : fréquence légale et certificat
Depuis le 1er octobre 2023, le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 a unifié les règles au niveau national : tout conduit de fumée desservant un appareil à combustible solide (bois bûches, granulés, charbon) ou liquide (fioul) doit être ramoné mécaniquement au moins une fois par an, par un professionnel qualifié. Certaines communes conservent, via arrêté municipal, l'ancienne exigence de deux passages annuels dont un en période de chauffe pour les foyers ouverts : renseignez-vous en mairie, car c'est la règle la plus stricte qui s'applique.
À l'issue de l'intervention, le professionnel remet un certificat de ramonage mentionnant le conduit traité, sa vacuité sur toute sa longueur et la date de passage. Ce document est la pièce maîtresse du dossier d'indemnisation : conservez-le au moins deux ans, et photographiez-le dès réception. En location, le ramonage incombe au locataire au titre de l'entretien courant, sauf clause du bail le mettant à la charge du propriétaire ; dans un immeuble collectif, les conduits communs relèvent du syndic.
| Installation | Fréquence minimale | Prix moyen constaté |
|---|---|---|
| Cheminée à foyer ouvert (bois) | 1 fois/an (2 si arrêté local) | 60 à 90 € |
| Insert ou poêle à bûches | 1 fois/an minimum | 55 à 85 € |
| Poêle à granulés | 1 fois/an + entretien annuel | 50 à 80 € |
| Chaudière fioul | 1 fois/an | 60 à 100 € |
| Chaudière gaz (conduit) | contrôle lors de l'entretien annuel | inclus dans l'entretien (110 à 190 €) |
Le défaut de ramonage constitue une contravention de 3e classe punie d'une amende pouvant atteindre 450 €. Les bûches dites « de ramonage » vendues en grande surface ne remplacent jamais le passage mécanique du hérisson : elles n'ont aucune valeur juridique et aucun assureur ne les accepte comme justificatif.
Absence de certificat : l'assureur peut-il refuser d'indemniser ?
Pas automatiquement, et c'est un point que beaucoup d'assurés ignorent. Pour écarter sa garantie, l'assureur doit s'appuyer sur une clause d'exclusion formelle et limitée, rédigée en caractères très apparents, conformément aux articles L112-4 et L113-1 du Code des assurances. La Cour de cassation juge de façon constante qu'une exclusion visant « le non-respect des règles d'entretien » en termes généraux est trop vague pour être opposée à l'assuré. En pratique, trois scénarios se présentent :
- Le contrat ne prévoit rien sur le ramonage : l'indemnisation est due intégralement, même sans certificat ;
- Le contrat prévoit une réduction proportionnelle (souvent 20 à 50 % de l'indemnité) en l'absence de justificatif : elle s'applique, mais peut se discuter si le défaut de ramonage est sans lien avec le sinistre — par exemple un feu parti d'un défaut du tubage neuf ;
- Le contrat contient une exclusion formelle du feu de conduit non ramoné : le refus est possible, mais l'assureur supporte la charge de la preuve du lien entre l'encrassement et l'incendie.
Attention
Ne déclarez jamais un ramonage fictif et ne faites pas établir de certificat de complaisance après coup : la fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat (article L113-8) et la restitution des indemnités déjà versées. Un dossier honnête avec un ramonage manquant se négocie ; un dossier falsifié se termine sans indemnité et parfois au pénal.
Poêle à bois, granulés, insert : les règles particulières
Les appareils à bois modernes obéissent aux mêmes obligations de ramonage, avec deux exigences supplémentaires qui conditionnent la garantie. D'abord, l'installation doit respecter le DTU 24.1 (distances de sécurité aux matériaux combustibles, tubage du conduit, plaque de protection au sol) : un poêle posé par un professionnel qualifié Qualibois vous protège en cas d'expertise, car l'assureur ne pourra pas invoquer un vice d'installation. Ensuite, les poêles à granulés exigent un entretien annuel complet (échangeur, creuset, extracteur de fumées) en plus du ramonage du conduit — comptez 120 à 180 € pour la visite combinée en 2026.
Pensez enfin à déclarer l'appareil à votre assureur lors de son installation : un poêle ajouté après la souscription constitue une aggravation du risque au sens de l'article L113-2. La déclaration majore rarement la prime de plus de 10 à 25 € par an, alors qu'une omission découverte après sinistre autorise une réduction proportionnelle d'indemnité.
Déclarer un feu de cheminée : la marche à suivre
- Sécurisez et faites constater.
Même si le feu semble éteint, l'appel aux pompiers (18 ou 112) s'impose : le bistre peut couver des heures dans le conduit. Leur rapport d'intervention documentera officiellement le sinistre.
- Déclarez sous 5 jours ouvrés.
Contactez votre assureur par téléphone puis confirmez par écrit (espace client ou lettre recommandée) en décrivant les circonstances et les premiers dommages visibles.
- Rassemblez les justificatifs.
Certificat de ramonage, facture d'installation de l'appareil, photos des dégâts, rapport des pompiers, factures des biens endommagés.
- Attendez l'expertise avant travaux.
Au-delà de 1 600 € de dommages environ, un expert est missionné sous 10 à 15 jours. Ne jetez rien et ne réparez que ce qui est urgent (bâchage de toiture), factures à l'appui.
- Faites vérifier le conduit avant réutilisation.
Un test fumigène ou une inspection caméra (150 à 300 €) s'impose : un conduit fissuré par le feu expose au monoxyde de carbone. Cette vérification est généralement prise en charge dans le cadre du sinistre.
Prévenir le feu de conduit : les gestes qui comptent
La prévention reste le meilleur contrat d'assurance. Un feu de conduit se nourrit du bistre, ce goudron issu de la combustion incomplète de bois humide ou résineux à allure trop lente.
- Brûler exclusivement du bois sec (moins de 20 % d'humidité, séché 18 à 24 mois)
- Programmer le ramonage à date fixe, idéalement en fin de saison de chauffe
- Faire des flambées vives plutôt qu'un feu couvant en continu
- Vérifier chaque automne l'état du chapeau de cheminée et des joints
- Archiver certificats et factures dans un dossier « assurance » numérisé
À retenir
Le feu de cheminée est couvert par toute assurance habitation au titre de la garantie incendie. Le ramonage annuel par un professionnel — 50 à 90 € — conditionne une indemnisation sereine : sans certificat, vous risquez une réduction d'indemnité de 20 à 50 % si votre contrat le prévoit, jamais une exclusion automatique. Déclarez le sinistre sous 5 jours ouvrés et ne rallumez pas avant inspection du conduit.