Grille AGGIR et GIR : définition et rôle
La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) est l'outil national qui mesure la perte d'autonomie d'une personne âgée et la classe dans l'un des six GIR (groupes iso-ressources), du GIR 1, la dépendance la plus lourde, au GIR 6, l'autonomie complète. Ce classement n'est ni symbolique ni purement administratif : c'est lui qui ouvre l'accès à l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) et qui fixe le plafond du plan d'aide financé par le conseil départemental. L'évaluation est réalisée gratuitement, au domicile, par un professionnel de l'équipe médico-sociale, à partir de la grille définie à l'annexe 2-1 du Code de l'action sociale et des familles (article R232-3).
- AGGIR
- Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources : grille qui évalue ce que la personne fait réellement seule au quotidien, et non ce qu'elle serait capable de faire.
- GIR
- Groupe iso-ressources : niveau de dépendance de 1 à 6 calculé à partir de la grille. « Iso-ressources » signifie que les personnes d'un même groupe requièrent un volume d'aide comparable.
- Équipe médico-sociale
- Binôme mandaté par le département — le plus souvent un travailleur social et un professionnel de santé — qui évalue le GIR à domicile et bâtit le plan d'aide.
À retenir
Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l'APA. Les GIR 5 et 6, encore autonomes, relèvent des aides « bien-vieillir » des caisses de retraite. Un GIR n'est jamais figé : il se réévalue à chaque évolution de l'état de santé.
Les 17 variables de la grille AGGIR
L'évaluateur observe 17 variables de la vie quotidienne, mais seules dix entrent dans le calcul du GIR. Ces dix variables dites discriminantes concernent les activités corporelles et mentales ; les sept autres, dites illustratives, précisent le plan d'aide sans influer sur le classement.
Les 10 variables discriminantes
- Cohérence : converser et se comporter de façon sensée
- Orientation : se repérer dans le temps et les lieux
- Toilette du haut et du bas du corps
- Habillage : s'habiller, se déshabiller, se présenter
- Alimentation : se servir et manger
- Élimination : hygiène urinaire et fécale
- Transferts : se lever, se coucher, s'asseoir
- Déplacements à l'intérieur du logement
- Déplacements à l'extérieur
- Communication à distance : téléphone, alarme, sonnette
Les 7 variables illustratives
Gestion du budget et des démarches, cuisine, ménage, transports, achats, suivi du traitement et activités de temps libre. Elles n'entrent pas dans le calcul, mais aident l'équipe à dimensionner concrètement les heures d'aide.
Chaque variable est appréciée à travers quatre adverbes — la personne agit-elle spontanément, totalement, habituellement et correctement ? — puis résumée en trois modalités : A (fait seule), B (fait partiellement) et C (ne fait pas). Un algorithme national croise ensuite ces réponses pour attribuer le GIR : le groupe n'est donc pas « choisi » par l'évaluateur, il découle mécaniquement de ses observations.
Un exemple concret éclaire cette logique : une personne qui se lave le visage mais oublie systématiquement le bas du corps sera cotée « B » à la toilette ; celle qui ne réalise plus aucun geste d'hygiène seule, « C ». C'est l'accumulation de ces cotations, pondérée par l'algorithme, qui fait basculer d'un GIR à l'autre — et un seul acte mal évalué peut suffire à changer de groupe, donc de plafond d'aide.
Bon à savoir
La grille mesure ce que la personne fait, pas ce qu'elle saurait faire. Une personne capable de se laver mais qui ne le fait plus à cause de troubles cognitifs sera cotée « C » à la toilette. Décrire les mauvaises journées autant que les bonnes reflète le besoin d'aide réel.
Les 6 GIR expliqués, du GIR 1 au GIR 6
Chaque groupe correspond à un profil de dépendance et à un besoin d'aide croissant à mesure que le numéro diminue. Le tableau ci-dessous résume les six niveaux et indique lesquels ouvrent droit à l'APA.
| GIR | Profil type | Aide nécessaire | APA |
|---|---|---|---|
| GIR 1 | Confiné au lit ou au fauteuil, fonctions mentales gravement altérées, ou fin de vie | Présence continue indispensable | Oui |
| GIR 2 | Confiné au lit ou au fauteuil avec fonctions mentales partiellement conservées, ou « dément déambulant » | Aide pour la plupart des actes | Oui |
| GIR 3 | Autonomie mentale conservée, autonomie motrice partielle | Aide corporelle plusieurs fois par jour | Oui |
| GIR 4 | Difficulté pour les transferts et la toilette, mais déplacement intérieur possible | Aide ponctuelle : toilette, habillage, repas | Oui |
| GIR 5 | Autonomie pour les déplacements et les repas | Aide ménagère, préparation des repas | Non |
| GIR 6 | Autonomie complète pour les actes de la vie courante | Aucune aide régulière | Non |
Le GIR 4 est de loin le plus représenté parmi les bénéficiaires de l'APA à domicile : il traduit une perte d'autonomie réelle mais encore compatible avec le maintien chez soi, souvent le bon moment pour installer une aide avant l'aggravation. Pour mesurer précisément quelles aides et quel montant d'APA ce niveau déclenche, il faut rapprocher le plafond du groupe du coût réel du plan d'aide.
Ce que votre GIR déclenche : APA et plafonds 2026
Le GIR détermine le plafond mensuel de l'APA à domicile, c'est-à-dire le montant maximal du plan d'aide que le département peut financer. En 2026, ces plafonds nationaux vont de 813,92 € en GIR 4 à 2 086,47 € en GIR 1. Ce sont des maximums, pas des forfaits : l'APA se calcule sur le coût réel du plan d'aide, dans la limite du plafond, diminué d'une participation fonction des revenus.
| GIR | Plafond mensuel 2026 |
|---|---|
| GIR 1 | 2 086,47 € |
| GIR 2 | 1 687,26 € |
| GIR 3 | 1 219,58 € |
| GIR 4 | 813,92 € |
Le chiffre
813,92 €le plafond mensuel de l'APA à domicile en GIR 4 pour 2026, le plus fréquent des groupes financés.
Attention, le plafond n'est pas le montant versé. Votre participation dépend des revenus : nulle en dessous d'environ 940 € par mois, elle progresse jusqu'à 90 % du plan d'aide au-delà d'environ 3 460 €. À GIR identique, deux personnes peuvent donc percevoir des montants très différents. Le GIR fixe le plafond ; les ressources déterminent la part réellement financée par le département, sans jamais conditionner l'ouverture du droit.
Comment se déroule l'évaluation AGGIR à domicile
L'évaluation intervient dans le cadre d'une demande d'APA et suit un parcours balisé, détaillé sur service-public.fr.
- Déposer la demande d'APA.
Auprès du conseil départemental, du CCAS de la mairie, d'un point d'information autonomie ou d'une maison France services.
- Fixer le rendez-vous à domicile.
Un membre de l'équipe médico-sociale convient d'une visite ; la présence d'un proche aidant est précieuse.
- Accueillir la visite d'évaluation.
Le professionnel observe les gestes du quotidien et renseigne les 17 variables de la grille AGGIR.
- Calculer le GIR et bâtir le plan d'aide.
L'algorithme attribue le groupe ; l'équipe propose alors les heures d'aide et services adaptés.
- Recevoir la notification sous 2 mois.
Passé ce délai, une APA forfaitaire est due jusqu'à la décision. Les droits courent à la date de notification.
- Rassembler les certificats médicaux et ordonnances récents
- Être accompagné d'un proche aidant le jour de la visite
- Noter à l'avance les difficultés quotidiennes, y compris les mauvais jours
- Signaler les chutes, pertes de repères et renoncements aux soins
Attention
La grille AGGIR n'est pas un diagnostic médical : elle mesure l'autonomie fonctionnelle, pas la maladie. Un même diagnostic (Alzheimer, Parkinson) peut correspondre à des GIR très différents selon son retentissement réel sur les gestes du quotidien.
Réviser ou contester son classement GIR
Un GIR n'est jamais définitif, et deux situations conduisent à le faire évoluer. En cas d'aggravation, vous pouvez demander une révision du plan d'aide et une nouvelle évaluation à tout moment, sans attendre d'échéance. En cas de désaccord avec le groupe attribué, un recours est ouvert.
Si le classement vous paraît sous-estimer la dépendance réelle — un GIR jugé trop élevé, par exemple un GIR 5 là où la situation relève du GIR 4 —, la marche à suivre pour contester son classement GIR et obtenir une réévaluation débute par un recours amiable auprès du président du conseil départemental, dans un délai de deux mois après la notification.
« Le GIR n'est pas une étiquette, c'est une clé de financement. Faire évaluer un proche dès les premiers renoncements du quotidien, en GIR 4, permet souvent de financer l'aide qui retarde précisément le passage en GIR 3 puis en établissement. »
Reste une limite structurelle : même au plafond, l'APA rattachée au GIR ne couvre pas la totalité d'un besoin d'aide lourd. C'est cet écart, souvent de 1 000 à 2 000 € par mois, que l'épargne dédiée et les contrats de prévoyance dépendance ont vocation à compléter, en relais de la solidarité départementale.