PER et décès : la nature du plan change tout
Que devient le PER en cas de décès du titulaire ? La réponse dépend d'abord de la forme de votre plan. Un PER assurance, souscrit auprès d'un assureur, fonctionne comme un contrat d'assurance vie : l'épargne est transmise hors succession aux bénéficiaires que vous avez désignés dans une clause dédiée. Un PER bancaire (ou compte-titres), plus rare, entre au contraire dans la succession et se partage entre vos héritiers selon les règles civiles habituelles.
La grande majorité des PER commercialisés sont des PER assurance, ce qui place la transmission sur le terrain favorable de la clause bénéficiaire. Encore faut-il l'avoir rédigée, et l'avoir tenue à jour. Le second facteur décisif est l'âge du titulaire au moment du décès : pour un PER assurance, c'est cet âge — et non celui des versements — qui détermine la fiscalité.
À retenir
Contrairement à l'assurance vie, où la fiscalité dépend de l'âge aux versements, le PER assurance retient l'âge au décès. Décéder avant 70 ans ou après fait donc basculer l'ensemble de l'épargne d'un régime à l'autre — un paramètre que nul ne maîtrise, et qui rend la planification plus délicate.
Qui touche l'épargne : bénéficiaires ou héritiers
Sur un PER assurance, l'épargne revient aux bénéficiaires désignés dans la clause du contrat, en dehors de la succession. Vous êtes libre de nommer votre conjoint, vos enfants, un tiers, une association, et de répartir les parts comme vous l'entendez. À défaut de clause, ou si elle est caduque, le capital rejoint la succession et perd son avantage fiscal.
Sur un PER bancaire, aucune clause bénéficiaire : l'épargne est traitée comme un actif successoral ordinaire, soumis aux droits de succession selon le lien de parenté, après application des abattements de droit commun (100 000 € par enfant, par exemple).
Bon à savoir
Une clause bénéficiaire type — « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître par parts égales, à défaut mes héritiers » — évite la plupart des impasses. Pensez à la revoir après un mariage, un divorce, une naissance ou un décès : une clause obsolète peut envoyer votre épargne au mauvais destinataire.
La fiscalité de la transmission : le rôle décisif des 70 ans
Pour un PER assurance, deux régimes fiscaux s'opposent selon l'âge du titulaire au décès. Avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du Code général des impôts) ; au-delà, la taxation est de 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %. Après 70 ans, l'ensemble des bénéficiaires se partage un abattement global de 30 500 € (article 757 B), le surplus étant soumis aux droits de succession selon le lien de parenté.
| Situation | Décès avant 70 ans | Décès après 70 ans |
|---|---|---|
| Article applicable | 990 I du CGI | 757 B du CGI |
| Abattement | 152 500 € / bénéficiaire | 30 500 € (global) |
| Taxation au-delà | 20 % puis 31,25 % | droits de succession |
| Prélèvements sociaux | Non | Non |
Détail favorable au PER : les gains capitalisés ne subissent aucun prélèvement social lors du dénouement par décès, alors qu'ils y sont soumis sur une assurance vie. C'est l'un des rares avantages successoraux du plan.
Attention
Le seuil des 70 ans s'apprécie sur l'âge du titulaire au décès, pas au moment des versements. Un décès survenu à 71 ans fait tomber la totalité de l'épargne — versements comme gains — sous l'abattement global de 30 500 €, quand bien même le plan aurait été alimenté bien avant 70 ans. La transmission d'un PER est donc moins prévisible que celle d'une assurance vie.
Le conjoint survivant : une exonération totale
Le conjoint marié ou le partenaire de PACS désigné bénéficiaire ne paie aucun impôt ni aucun droit sur l'épargne d'un PER, quel que soit l'âge du titulaire au décès et quel que soit le montant. Cette exonération, issue de la loi TEPA de 2007, s'applique aussi bien au régime des 990 I qu'à celui des 757 B.
Le concubin, en revanche, n'en bénéficie pas : désigné comme un tiers, il supporte l'abattement puis la taxation applicable — le régime des 990 I avant 70 ans, celui des 757 B après. Pour un couple non marié qui souhaite se protéger mutuellement, le PACS ou le mariage change donc radicalement la donne, y compris sur le PER.
Cette exonération vaut uniquement pour le PER assurance dénoué par une clause bénéficiaire. Sur un PER bancaire, le conjoint survivant reste protégé par le droit successoral (il est lui aussi exonéré de droits de succession depuis 2007), mais l'épargne transite alors par la succession et non hors d'elle.
« La première erreur que nous voyons, c'est un PER dont la clause bénéficiaire n'a jamais été relue depuis la souscription. La seconde, c'est de croire que le PER se transmet exactement comme une assurance vie : le seuil des 70 ans y fonctionne sur l'âge au décès, un paramètre que l'on ne choisit pas. Un point à intégrer très tôt dans une stratégie de transmission. »
Les démarches des bénéficiaires
À l'annonce du décès, les bénéficiaires d'un PER assurance déclenchent le versement en quelques étapes.
- Signaler le décès à l'assureur.
Adressez un courrier à l'organisme gestionnaire avec l'acte de décès. Si vous ignorez l'existence du contrat, l'AGIRA permet de rechercher gratuitement un contrat dont vous seriez bénéficiaire.
- Constituer le dossier.
Pièce d'identité, justificatif de lien avec le défunt, RIB et, selon les cas, un certificat d'acquittement ou de non-exigibilité des droits délivré par l'administration fiscale.
- Recevoir les fonds.
L'assureur dispose d'un délai légal d'un mois après réception du dossier complet pour verser le capital, faute de quoi des intérêts de retard sont dus.
Le chiffre
1 moisC'est le délai maximal dont dispose l'assureur pour verser le capital aux bénéficiaires une fois le dossier complet reçu (article L132-23-1 du Code des assurances).
Les sommes non réclamées d'un PER en déshérence sont, après plusieurs années, transférées à la Caisse des dépôts. Le service Ciclade permet de rechercher et de récupérer gratuitement ces avoirs en déshérence.
- Clause bénéficiaire
- Mention du contrat de PER assurance désignant la ou les personnes qui recevront l'épargne au décès du titulaire, hors succession. Elle prime sur le testament.
- Dénouement par décès
- Fin du contrat provoquée par le décès du titulaire, déclenchant le versement du capital aux bénéficiaires selon le régime des 990 I ou 757 B.
- Contrat en déshérence
- Épargne non réclamée par ses bénéficiaires, transférée à la Caisse des dépôts après un délai légal et retrouvable via Ciclade.