Recherche de fuite en copropriété : qui paie depuis la convention IRSI
Depuis le 1er juin 2018, la convention IRSI (Indemnisation et recours des sinistres immeuble), signée par la quasi-totalité des assureurs exerçant en France, désigne un payeur unique : l’assureur de l’occupant du local dans lequel les investigations doivent être menées organise et finance la recherche de fuite. Peu importe que la fuite vienne d’ailleurs, que l’occupant soit locataire ou propriétaire, ou qu’il ne soit en rien responsable : son assureur avance, quitte à se coordonner ensuite avec l’assureur du véritable responsable.
La convention, révisée au 1er juillet 2020, s’applique aux dégâts des eaux dont les dommages n’excèdent pas 5 000 € HT par local sinistré — soit l’immense majorité des sinistres en copropriété. Elle a remplacé les anciennes conventions CIDRE et CIDE-COP et mis fin aux renvois de responsabilité interminables entre syndic, bailleur et locataire qui retardaient les travaux de plusieurs mois.
À retenir
Vous constatez une auréole au plafond ou un mur qui suinte ? Déclarez à votre propre assureur habitation : c’est lui qui missionne l’entreprise de recherche de fuite si les investigations doivent avoir lieu chez vous, sans attendre l’identification d’un responsable.
Qui doit lancer la recherche de fuite, et dans quel local ?
Première règle pratique : la recherche s’effectue dans le local d’où la fuite est susceptible de provenir, qui n’est pas toujours celui où les dégâts apparaissent — l’eau chemine le long des planchers et des gaines. C’est l’assureur de l’occupant de ce local d’origine présumée qui pilote les investigations, et le sinistré déclare de son côté à son propre assureur dans les 5 jours ouvrés prévus à l’article L113-2 du Code des assurances.
| Situation | Qui organise | Qui paie |
|---|---|---|
| Fuite présumée dans un lot occupé | Assureur de l’occupant (locataire ou propriétaire) | Le même assureur |
| Lot vacant ou occupant non assuré | Assureur PNO du copropriétaire bailleur | Assureur PNO, à défaut celui de l’immeuble |
| Fuite présumée en partie commune (colonne, toiture, terrasse) | Le syndic, via l’assureur de l’immeuble | Assureur de l’immeuble |
| Dommages supérieurs à 5 000 € HT | Hors IRSI : expertise contradictoire | Selon les responsabilités (droit commun) |
Et si personne ne sait d’où vient l’eau, cas très fréquent ? L’assureur gestionnaire du sinistre — celui de l’occupant du local le plus endommagé — prend l’initiative des investigations et les étend de local en local, y compris dans les parties communes, jusqu’à localiser l’origine. L’occupant d’un lot visité est tenu de laisser l’accès à l’entreprise missionnée.
Les méthodes de recherche : non destructives d’abord
Les entreprises spécialisées privilégient systématiquement les techniques non invasives, qui localisent l’essentiel des fuites sans ouvrir ni mur ni carrelage. Chacune répond à une configuration précise.
- Gaz traceur
- Un mélange hydrogène-azote est injecté dans la canalisation vidangée ; le gaz s’échappe par la brèche et se détecte en surface. La référence pour les réseaux encastrés en dalle.
- Caméra thermique
- Repère les écarts de température qui trahissent un cheminement d’eau dans une cloison, un plafond ou un plancher chauffant.
- Électroacoustique
- Amplifie le bruit de la fuite sous pression ; très efficace sur les canalisations métalliques et les colonnes.
- Fluorescéine
- Un colorant teinte l’eau d’un circuit pour confirmer son implication : imparable pour départager douche, WC et colonne commune.
- Inspection vidéo
- Une caméra endoscopique parcourt chutes et collecteurs pour visualiser fissures, déboîtements et racines.
Côté budget 2026, comptez 250 à 500 € pour une recherche ciblée sur un point précis, 400 à 900 € pour une investigation multi-méthodes en appartement, et jusqu’à 1 200 € lorsque plusieurs locaux ou une terrasse sont concernés. Ces montants sont réglés par l’assureur qui missionne l’entreprise.
Bon à savoir
Exigez toujours un rapport de recherche écrit, avec localisation précise de la fuite, réseau concerné et photos. C’est la pièce maîtresse des recours entre assureurs — et la garantie que la réparation visera le bon tuyau.
Recherche destructive : la remise en état est incluse
Lorsque les méthodes non invasives échouent, l’entreprise ouvre : dépose de carrelage, saignée dans une cloison, découpe d’un coffrage. La convention IRSI l’encadre clairement : les frais de remise en état des biens dégradés par les investigations sont pris en charge par l’assureur qui a ordonné la recherche. Vous ne devez jamais rester avec une salle de bains éventrée à vos frais.
Une distinction demeure toutefois : la réparation de la fuite elle-même — remplacement du joint, du flexible ou du tronçon de canalisation défectueux — n’est pas un dommage indemnisable. Elle relève de l’entretien et reste à la charge de celui qui en a la garde : l’occupant pour la robinetterie et les flexibles, le copropriétaire pour ses canalisations privatives, le syndicat pour les parties communes.
- Casser un mur ou un carrelage avant l’accord écrit de l’assureur ;
- Faire appel à un dépanneur « urgentiste » trouvé en ligne qui facture 2 000 € sans rapport : seule l’entreprise missionnée ou validée par l’assureur est prise en charge ;
- Réparer la fuite avant tout constat, sans conserver photos et pièce défectueuse ;
- Laisser passer le délai de déclaration de 5 jours ouvrés après la découverte du sinistre.
Fuite en partie commune et autres cas particuliers
Lorsque la fuite est présumée provenir d’une partie commune — colonne montante, chute d’eaux usées, toiture-terrasse, façade —, le syndic saisit l’assureur de l’immeuble, qui organise et finance la recherche. L’occupant sinistré n’a alors qu’un rôle d’alerte : signalement écrit au syndic et accès facilité aux gaines techniques. Si le syndic tarde, une mise en demeure en recommandé suffit le plus souvent à débloquer la situation, la responsabilité du syndicat étant engagée de plein droit pour le défaut d’entretien des parties communes.
Autre cas fréquent : la fuite révélée par une facture d’eau anormale, sans aucun dégât visible. La garantie dégât des eaux ne joue pas — elle indemnise des dommages, pas une surconsommation — mais de nombreux contrats 2026 incluent un forfait « recherche de fuite sans sinistre », généralement plafonné entre 500 et 1 000 €. Vérifiez vos conditions particulières avant de commander une intervention à vos frais.
« La recherche de fuite n’est plus le maquis d’avant 2018 : un seul réflexe — déclarer à son propre assureur — déclenche toute la mécanique. Le dernier piège restant est de commander soi-même une entreprise non missionnée. »