Sortie du PER : capital, rente ou les deux, c'est vous qui choisissez
À la retraite, la sortie du PER en capital ou en rente est un choix libre : vous pouvez récupérer votre épargne intégralement en capital, la transformer en rente viagère, ou combiner les deux. C'est l'apport majeur de la loi Pacte de 2019, qui a rompu avec les anciens contrats (PERP, Madelin) où la rente était le plus souvent imposée. Sur un PER individuel, la sortie 100 % capital est désormais la norme, disponible en une seule fois ou étalée sur plusieurs années.
Cette liberté n'existe qu'à une exception près : sur un PER d'entreprise obligatoire (ancien « article 83 »), la part issue des cotisations obligatoires reste versée uniquement sous forme de rente. Pour tout le reste — versements volontaires, épargne salariale, abondement — vous gardez la main.
À retenir
Il n'y a pas de bon choix universel. Le capital maximise la liberté et la transmission ; la rente maximise la sécurité et protège du risque de vivre très longtemps. La sortie mixte permet de ne pas trancher. La fiscalité, elle, dépend de l'origine de vos versements, pas seulement de la forme de sortie choisie.
La sortie en capital : liberté d'usage et fiscalité à surveiller
Sortir en capital, c'est récupérer votre épargne pour en faire ce que vous voulez : compléter un revenu, aider vos enfants, financer un projet ou réinvestir. Vous décidez du calendrier — un retrait unique ou des retraits fractionnés année après année. Le solde non retiré continue d'être investi et de produire des intérêts.
La contrepartie tient à la fiscalité, qui dépend de la nature des versements. Pour la situation la plus fréquente — des versements volontaires que vous aviez déduits de votre revenu à l'entrée — la sortie en capital se scinde en deux :
- la part correspondant à vos versements est réintégrée à votre revenu imposable et taxée au barème progressif de l'impôt, sans l'abattement de 10 % des pensions, mais sans prélèvements sociaux ;
- la part correspondant aux gains (plus-values) subit le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux).
Attention
Une sortie en capital en une seule fois peut vous faire changer de tranche marginale d'imposition l'année du retrait. Un PER de 150 000 € encaissé d'un coup peut ainsi propulser vos versements dans la tranche à 41 %. Le réflexe gagnant : fractionner la sortie sur plusieurs exercices pour rester dans une tranche basse et lisser la note fiscale.
Si vous aviez renoncé à déduire vos versements à l'entrée, la part correspondant aux versements ressort en revanche totalement exonérée d'impôt : seuls les gains supportent le PFU de 30 %.
La sortie en rente viagère : un revenu garanti à vie
La rente viagère transforme votre capital en un revenu versé jusqu'à votre décès, quel que soit votre âge. C'est la solution de ceux qui redoutent de manquer, ou d'épuiser leur épargne trop tôt : l'assureur porte le « risque de longévité » à votre place. En échange, vous aliénez le capital : il ne vous appartient plus et, par défaut, s'éteint à votre décès.
Le montant de la rente dépend de votre capital, de votre âge à la liquidation et des tables de mortalité de l'assureur. À 64 ans, le taux de conversion tourne autour de 4 % à 4,5 % par an : 100 000 € de capital produisent de l'ordre de 4 000 à 4 500 € de rente annuelle brute. Plus vous liquidez tard, plus la rente est élevée.
Plusieurs options adoucissent son caractère irréversible :
- Réversion
- La rente se poursuit au profit de votre conjoint après votre décès (à 60 % ou 100 %), au prix d'une rente initiale plus faible.
- Annuités garanties
- Un nombre minimum d'années de versement est garanti ; si vous décédez avant, un bénéficiaire perçoit le solde.
- Rente par paliers
- Elle est majorée les premières années, plus faible ensuite, pour un « coup de pouce » en début de retraite.
Côté impôt, la rente issue de versements déduits suit le régime des pensions de retraite : imposition au barème après abattement de 10 %, complétée par 17,2 % de prélèvements sociaux appliqués à une seule fraction de la rente selon votre âge (40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans).
La sortie mixte : le compromis capital + rente
Rien ne vous oblige à choisir un camp : la sortie mixte vous permet de récupérer une partie en capital et de convertir le reste en rente. C'est souvent l'arbitrage le plus équilibré. Vous encaissez par exemple 40 % en capital pour solder un crédit ou financer des travaux, et vous transformez les 60 % restants en rente pour sécuriser un revenu régulier.
Bon à savoir
La sortie mixte se pilote aussi dans le temps : vous pouvez commencer par des retraits en capital pendant vos premières années de retraite, encore actives, puis basculer plus tard le solde en rente pour couvrir le grand âge, quand le besoin de sécurité domine.
Capital ou rente : le comparatif pour trancher
Le bon choix dépend de votre patrimoine, de votre santé, de vos héritiers et de votre appétit pour la sécurité. Le tableau ci-dessous résume les forces de chaque option.
| Critère | Capital | Rente viagère |
|---|---|---|
| Disponibilité de l'épargne | Oui, totale | Non, capital aliéné |
| Revenu garanti à vie | Non | Oui |
| Risque de longévité | à votre charge | porté par l'assureur |
| Transmission aux héritiers | Oui, du capital restant | Non (sauf réversion / annuités) |
| Fiscalité | barème IR + PFU 30 % sur gains | régime des pensions + PS partiels |
| Frais | faibles | frais d'arrérages (1 à 3 %) |
Le capital est fait pour vous si…
- vous voulez garder la maîtrise de votre épargne ;
- vous souhaitez transmettre à vos enfants ;
- vous avez d'autres revenus réguliers (pensions, loyers) ;
- vous êtes à l'aise pour gérer un capital dans la durée.
La rente est faite pour vous si…
- vous craignez de manquer ou de mal gérer ;
- vos autres revenus de retraite sont limités ;
- vous êtes en bonne santé et misez sur la longévité ;
- la sécurité prime sur la transmission.
« Le tout-rente rassure mais fait perdre la main sur le patrimoine ; le tout-capital d'un coup coûte cher en impôt. Dans la vraie vie, la meilleure décision est presque toujours une sortie fractionnée en capital sur plusieurs années, éventuellement complétée d'une rente pour couvrir le grand âge. »
Quelle fiscalité selon l'origine de vos versements
La forme de sortie ne fait pas tout : c'est l'origine des sommes qui détermine le régime fiscal, car un PER est découpé en compartiments. Il faut donc raisonner ligne par ligne avant de retirer.
| Origine des sommes | Part versements | Part gains |
|---|---|---|
| Versements volontaires déduits | barème IR (sans abattement 10 %) | PFU 30 % |
| Versements volontaires non déduits | Exonérée | PFU 30 % |
| Épargne salariale (participation, abondement) | Exonérée | prélèvements sociaux 17,2 % |
L'épargne salariale logée dans un PER d'entreprise bénéficie ainsi de la sortie la plus douce : le capital versé sort net d'impôt, seuls les gains supportent les prélèvements sociaux. Si vous avez cumulé plusieurs types de versements, retirez en priorité les compartiments les moins taxés lors de vos premières années de retraite.
Et si vous devez sortir avant la retraite ?
La retraite n'est pas la seule porte de sortie. Le PER prévoit six motifs de déblocage anticipé qui débloquent l'épargne plus tôt. Cinq relèvent des accidents de la vie : mieux vaut connaître à l'avance les cas de déblocage anticipé du PER avant la retraite et les justificatifs à réunir, car leur fiscalité est bien plus favorable qu'une sortie ordinaire.
Le sixième motif est un projet à part entière : l'achat de votre résidence principale. C'est le seul déblocage « choisi », mais il ne fait pas disparaître l'impôt sur les versements déduits. Avant de vous lancer, pesez l'intérêt réel de débloquer son PER pour financer sa résidence principale face à un apport classique, exemples chiffrés à l'appui.
Le chiffre
64 ansC'est l'âge légal de départ à la retraite vers lequel converge la réforme de 2023 : c'est à partir de la liquidation de vos droits que s'ouvre la sortie « normale » de votre PER, en capital, en rente ou les deux.
Pour vérifier les conditions officielles de déblocage et le régime fiscal applicable à chaque situation, la fiche de référence est disponible sur service-public.fr.