Maintien de salaire en arrêt maladie : trois étages, jamais 100 % garanti
Le maintien de salaire en arrêt maladie repose sur trois étages successifs : les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS), le complément versé par l'employeur au titre de la loi ou de la convention collective, puis la prévoyance — collective ou individuelle — qui comble ce que les deux premiers laissent à découvert. Aucun de ces étages ne garantit à lui seul l'intégralité du revenu, et leur empilement laisse des trous bien identifiés : jours de carence, primes exclues de l'assiette, fin du relais employeur, plafonds.
La mécanique est d'autant plus importante à maîtriser que les arrêts s'allongent : la durée moyenne d'un arrêt indemnisé dépasse désormais 35 jours, et les arrêts de plus de 6 mois concentrent l'essentiel des pertes financières. Quatre notions structurent tout le sujet.
- IJSS
- Indemnités journalières de la Sécurité sociale : revenu de remplacement versé par la CPAM à partir du 4e jour d'arrêt, égal à 50 % du salaire journalier de base.
- Salaire journalier de base
- Moyenne des 3 derniers salaires bruts divisée par 91,25, retenue dans la limite de 1,4 SMIC. C'est ce plafond qui pénalise les revenus moyens et supérieurs.
- Mi-traitement
- Situation du salarié ou de l'agent public dont le revenu est tombé à environ 50 % du salaire habituel, une fois le complément employeur épuisé.
- Franchise
- Nombre de jours d'arrêt (15, 30, 60 ou 90) pendant lesquels un contrat de prévoyance ne verse rien. Plus elle est courte, plus la cotisation est élevée.
Ce que versent réellement les IJSS en 2026
Les IJSS représentent 50 % du salaire journalier de base, avec un plafond d'environ 42 € par jour en 2026, soit près de 1 260 € pour un mois complet. Depuis avril 2025, le salaire pris en compte est limité à 1,4 SMIC — contre 1,8 auparavant — ce qui a mécaniquement réduit l'indemnisation de tous les salaires supérieurs à environ 2 550 € brut. Un cadre à 4 000 € nets ne touche donc de la CPAM qu'à peine un tiers de son revenu habituel. Le mode de calcul détaillé est publié sur ameli.fr.
Deux limites s'ajoutent au plafond. D'abord, la Sécurité sociale n'indemnise qu'à partir du 4e jour d'arrêt : les trois premiers jours ne sont payés par personne, sauf convention collective favorable — notre guide du délai de carence en arrêt maladie détaille qui paie quoi, jour par jour, selon les régimes et les contrats. Ensuite, la durée est bornée : 360 IJSS maximum sur 3 ans glissants pour une maladie ordinaire, et jusqu'à 3 ans pour une affection de longue durée.
Le chiffre
42 €C'est le montant maximal d'une indemnité journalière maladie en 2026. Pour un salarié à 3 500 € brut, la seule Sécurité sociale ne remplace que 36 % du revenu : sans complément employeur ni prévoyance, la perte dépasse 1 700 € par mois.
Le complément employeur : la loi de mensualisation et ses limites
Après un an d'ancienneté, l'article L1226-1 du Code du travail impose à l'employeur de compléter les IJSS pour porter le revenu à 90 % du salaire brut, puis 66,66 %, pendant une durée qui dépend de l'ancienneté. Ce relais légal, issu de la loi de mensualisation du 19 janvier 1978, s'applique après un délai de carence de 7 jours en maladie non professionnelle — aucune carence ne joue en accident du travail.
| Ancienneté | À 90 % du brut | À 66,66 % du brut | Total indemnisé |
|---|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours | 60 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours | 80 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours | 100 jours |
| 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours | 120 jours |
| 21 à 25 ans | 70 jours | 70 jours | 140 jours |
| 26 à 30 ans | 80 jours | 80 jours | 160 jours |
| 31 ans et plus | 90 jours | 90 jours | 180 jours |
De nombreuses conventions collectives font mieux que la loi : maintien à 100 % du net, suppression de la carence, durées allongées. Elles organisent aussi souvent le versement direct des IJSS à l'employeur, qui vous paie alors un salaire complet sans décalage de trésorerie : ce mécanisme, précieux au quotidien, est expliqué en détail dans notre dossier sur la subrogation de salaire en arrêt maladie. Le premier réflexe est donc toujours le même : lire l'article « maladie » de votre convention collective avant de chiffrer quoi que ce soit.
Calculer sa vraie perte de revenus, mois par mois
La perte réelle ne se voit qu'en projetant le revenu sur la durée. Prenons un salarié de 8 ans d'ancienneté, 3 200 € brut (environ 2 500 € nets) : pendant les 40 premiers jours indemnisés, le cumul IJSS + complément employeur maintient environ 90 % du brut ; les 40 jours suivants, il tombe à 66,66 % ; au-delà du 80e jour, il ne reste que les IJSS, soit environ 1 260 € par mois. La perte mensuelle atteint alors près de 1 240 € nets, et elle peut durer des mois.
Trois pièges faussent souvent le calcul. Le complément légal s'entend IJSS incluses : l'employeur ne verse que la différence. L'assiette du maintien est le salaire de base : primes, heures supplémentaires et variables en sont souvent exclus. Enfin, les durées de la table ci-dessus valent pour 12 mois glissants : des arrêts répétés épuisent le crédit d'indemnisation.
Combler l'écart : la garantie maintien de salaire de la prévoyance
Un contrat de prévoyance verse des indemnités journalières complémentaires qui, cumulées aux IJSS et au complément employeur, reconstituent jusqu'à 100 % du revenu net habituel — primes comprises si le contrat le prévoit. Le paramètre décisif est la franchise : un salarié bien couvert par sa convention collective peut retenir 90 jours et payer très peu ; un salarié récent dans l'entreprise ou un indépendant choisira 15 ou 30 jours.
Côté budget 2026, la garantie reste l'une des moins chères de l'assurance de personnes : 8 à 25 € par mois pour un salarié qui complète son régime d'entreprise, 30 à 80 € par mois pour un indépendant, et environ 1 % du traitement indiciaire pour un agent public via les contrats collectifs référencés de la fonction publique. Passer d'une franchise de 30 à 90 jours réduit la cotisation de 25 à 40 %.
Bon à savoir
Si votre entreprise dispose d'un régime de prévoyance collectif, le complément d'indemnisation est souvent déjà prévu au-delà du relais légal, financé en partie par l'employeur. Vérifiez la notice d'information : il serait inutile de payer deux fois la même garantie à titre individuel.
Fonctionnaires, indépendants, chômeurs : les cas particuliers
Dans la fonction publique, le congé de maladie ordinaire est rémunéré à 90 % du traitement pendant 3 mois depuis mars 2025, puis à demi-traitement pendant 9 mois, après 1 jour de carence. Le passage au demi-traitement est brutal — d'où le succès des garanties « maintien de salaire » proposées aux agents. Pour les indépendants, l'indemnité journalière atteint au mieux 65 € par jour environ (1/730e du revenu annuel moyen, plafonné), avec 3 jours de carence : sans contrat, un artisan vit sur sa trésorerie. Les demandeurs d'emploi indemnisés conservent un droit aux IJSS calculées sur leurs anciens salaires, mais l'allocation chômage est suspendue pendant l'arrêt. Enfin, le temps partiel thérapeutique permet de cumuler salaire partiel et indemnités journalières, sur prescription médicale et avec l'accord de la CPAM.
« La question n'est pas de savoir si vous perdrez de l'argent en arrêt long — vous en perdrez — mais à partir de quel jour et combien. Ceux qui ont fait ce calcul avant l'arrêt choisissent leur franchise ; les autres la subissent. »
Les bons réflexes dès le premier jour d'arrêt
- Transmettez l'arrêt sous 48 heures.
Volets 1 et 2 à la CPAM (sauf télétransmission par le médecin), volet 3 à l'employeur. Un envoi tardif répété peut réduire les indemnités de moitié.
- Vérifiez votre convention collective.
Taux de maintien, carence supprimée ou non, assiette avec ou sans primes : c'est elle qui fixe votre revenu des trois premiers mois.
- Contrôlez l'attestation de salaire.
Établie par l'employeur, elle déclenche le calcul des IJSS. Une erreur sur les salaires de référence se traduit directement en euros perdus.
- Activez la prévoyance sans attendre la fin de la franchise.
Déclarez l'arrêt à l'assureur dès qu'il devient long : les délais de déclaration contractuels sont souvent de 3 à 6 mois, et le dossier met plusieurs semaines à s'instruire.
- Suivez vos versements mois par mois.
Relevés CPAM sur votre compte ameli, bulletins de paie, décomptes de l'assureur : rapprochez les trois pour détecter tout trou d'indemnisation.
Attention
Le versement des IJSS et du complément employeur est conditionné au respect des obligations du malade : présence au domicile aux heures de contrôle (sauf sorties libres prescrites), interdiction d'exercer une activité non autorisée, réponse aux convocations du médecin-conseil. Un manquement peut suspendre toute l'indemnisation, prévoyance comprise.
À retenir
Le maintien de salaire se joue en trois temps : des IJSS plafonnées à environ 42 € par jour, un complément employeur de 60 à 180 jours selon l'ancienneté, puis plus rien. Chiffrez votre revenu à 30, 90 et 180 jours d'arrêt : l'écart avec vos charges fixes est exactement le montant à couvrir par la prévoyance — et rien de plus.