Prévoyance TNS : la protection que le régime obligatoire ne vous offre pas
La prévoyance TNS est le contrat qui maintient votre revenu en cas d'arrêt de travail, verse une rente si une invalidité réduit votre capacité d'exercice et protège vos proches en cas de décès. Pour un travailleur non salarié — artisan, commerçant, profession libérale, gérant majoritaire de SARL — elle relève moins du confort que de la nécessité : le régime obligatoire plafonne les indemnités journalières à 65,83 € par jour en 2026, quel que soit votre niveau de vie, et ignore tout de votre loyer professionnel, de vos charges fixes ou du crédit de la maison.
Là où un salarié cadre cumule IJ de la Sécurité sociale, maintien de salaire par l'employeur et prévoyance collective obligatoire, l'indépendant part de presque zéro : personne ne cotise pour lui s'il ne le décide pas. La contrepartie positive existe : depuis la loi Madelin du 11 février 1994, les cotisations d'un contrat de prévoyance éligible se déduisent du bénéfice imposable, ce qui réduit le coût réel de la protection de 30 à 45 % selon votre tranche marginale d'imposition.
Ce que verse vraiment la Sécurité sociale des indépendants
Le régime obligatoire des artisans et commerçants calcule l'indemnité journalière sur 1/730e du revenu annuel moyen des trois dernières années, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026). Concrètement, un revenu moyen de 30 000 € donne 41,10 € par jour ; le maximum absolu s'établit à 65,83 €. L'indemnisation démarre après un délai de carence de 3 jours en cas d'hospitalisation et de 7 jours pour une maladie ou un accident, et cesse au bout de 360 jours sur trois ans (trois ans en affection de longue durée). Les conditions exactes sont détaillées sur ameli.fr.
| Risque | Prestation | Montant maximal 2026 |
|---|---|---|
| Arrêt maladie | IJ = 1/730e du revenu moyen | 65,83 €/jour |
| Invalidité totale | Pension = 50 % du revenu moyen | 24 030 €/an |
| Invalidité partielle | Pension = 30 % du revenu moyen | 14 418 €/an |
| Décès | Capital forfaitaire aux proches | 9 612 € |
Les professions libérales bénéficient depuis juillet 2021 d'IJ versées par la CPAM pendant les 90 premiers jours d'arrêt (1/730e du revenu, plafonné à trois PASS, soit 197,50 € par jour au maximum) ; au-delà, le relais dépend de la caisse de retraite — CIPAV, CARPIMKO, CARMF — avec des règles et des montants très hétérogènes. Les micro-entrepreneurs sont encore moins bien lotis : les indemnités journalières de l'auto-entrepreneur se calculent sur le chiffre d'affaires après abattement et tombent à zéro sous un seuil de revenu — un mécanisme à comprendre absolument avant de calibrer son contrat. Quant au dirigeant de SARL, la prévoyance du gérant majoritaire mérite une construction spécifique : l'arbitrage entre rémunération et dividendes peut réduire ses droits obligatoires à peau de chagrin.
Attention
Les IJ du régime obligatoire supposent d'être affilié depuis au moins 12 mois et à jour de ses cotisations. Un revenu moyen inférieur à environ 4 200 € par an (10 % du PASS moyen) prive purement et simplement d'indemnisation.
Les trois étages d'une prévoyance TNS complète
Les indemnités journalières
C'est la garantie prioritaire : elle remplace votre revenu dès la fin de la franchise choisie. Visez un montant couvrant votre revenu net et vos frais généraux permanents (loyer, leasing, cotisations). Deux logiques coexistent : l'indemnisation forfaitaire (le montant souscrit est versé, point) et l'indemnisation indemnitaire (l'assureur vérifie la perte de revenu réelle au moment du sinistre). Pour des revenus irréguliers, le forfaitaire évite les mauvaises surprises.
La rente invalidité
Elle prend le relais des IJ quand l'état de santé se stabilise sans retour possible à l'activité, généralement jusqu'à 67 ans. Le point décisif est le barème : un barème professionnel évalue l'incapacité à exercer votre métier — indispensable pour un chirurgien-dentiste ou un carreleur — quand un barème fonctionnel mesure une invalidité générique. Vérifiez aussi le seuil d'intervention : les bons contrats indemnisent dès 15 ou 16 % d'invalidité.
Les garanties décès
Capital versé au conjoint, rente de conjoint, rente éducation pour les enfants : ce troisième étage protège la famille. Un capital de deux à trois années de revenu constitue une base saine, souvent doublé en cas de décès accidentel.
Bon à savoir
L'option « exonération des cotisations » prend en charge vos cotisations de prévoyance pendant un arrêt de travail indemnisé : votre protection continue alors sans effort de trésorerie.
Loi Madelin : déduisez vos cotisations du bénéfice imposable
L'article 154 bis du Code général des impôts autorise le TNS à déduire ses cotisations de prévoyance de son bénéfice imposable, dans la limite de 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS, le tout plafonné à 3 % de huit PASS, soit 11 534 € en 2026. Exemple : avec 60 000 € de bénéfice, le plafond atteint 2 250 € + 3 364 € = 5 614 € ; à une tranche marginale de 30 %, déduire 1 800 € de cotisations économise 540 € d'impôt chaque année.
Trois conditions : être à jour de vos cotisations sociales obligatoires, souscrire un contrat labellisé Madelin prévoyant des prestations sous forme d'IJ ou de rente, et relever d'un régime réel d'imposition (BIC, BNC, gérance article 62). Les micro-entrepreneurs sont exclus du dispositif : leur abattement forfaitaire est réputé couvrir toutes les charges.
Le chiffre
11 534 €plafond maximal de déduction Madelin pour la prévoyance en 2026 — un plafond propre, distinct de ceux de la retraite et de la mutuelle santé.
Les avantages
- Cotisations déduites du bénéfice : effort réel réduit de 30 à 45 %
- Plafond confortable, rarement saturé par la seule prévoyance
- Cumulable avec les plafonds Madelin santé et retraite
Les limites
- Les prestations (IJ, rentes) deviennent imposables à la sortie
- Dispositif fermé aux micro-entrepreneurs
- Régularité des versements exigée pour conserver l'avantage
Combien coûte une prévoyance TNS en 2026 ?
Comptez 40 à 120 € par mois pour une couverture complète, soit 1,5 à 3 % du revenu professionnel. Le tarif dépend de l'âge à la souscription, de la classe de risque du métier (un couvreur paie deux à trois fois plus qu'un consultant), du montant d'IJ garanti, des franchises retenues et de l'étendue des garanties décès.
| Profil | Garanties principales | Cotisation/mois |
|---|---|---|
| Consultant, 30 ans, 36 000 €/an | IJ 100 €/j, franchise 30 j, capital décès 100 000 € | 45 à 65 € |
| Profession libérale santé, 35 ans, 60 000 €/an | IJ 165 €/j, invalidité barème professionnel | 70 à 100 € |
| Artisan du bâtiment, 40 ans, 42 000 €/an | IJ 115 €/j, franchise 15 j accident | 90 à 135 € |
| Commerçant, 50 ans, 48 000 €/an | IJ 130 €/j, rente invalidité 60 % | 110 à 160 € |
Après déduction Madelin, le coût net de la protection tombe fréquemment sous 1,5 % du revenu : c'est l'un des rares postes où la fiscalité travaille franchement pour l'assuré.
Bien choisir : les points qui font la différence au moment du sinistre
Deux contrats affichant la même IJ peuvent indemniser du simple au double selon leurs clauses. Passez chaque proposition au crible suivant.
- Barème d'invalidité professionnel, avec indemnisation dès 15 ou 16 %
- IJ forfaitaires, sans justification de perte de revenu au sinistre
- Affections dorsales et psychiques couvertes sans condition d'hospitalisation
- Franchise réduite (3 jours) en cas d'accident ou d'hospitalisation
- Garanties maintenues jusqu'à 67 ans, revalorisation annuelle des prestations
- Option exonération des cotisations en cas d'arrêt
- Sous-déclarer son revenu pour payer moins : l'IJ sera réduite d'autant
- Remplir le questionnaire de santé approximativement — une fausse déclaration intentionnelle annule le contrat (article L113-8 du Code des assurances)
- Choisir une franchise unique de 90 jours sans trésorerie de secours
- Ignorer les exclusions sportives ou professionnelles en annexe
« La bonne question n'est pas “combien coûte le contrat ?” mais “combien me verserait-il si je m'arrêtais demain pour un an ?”. C'est ce chiffre, rapporté à vos charges réelles, qui départage les offres. »
Souscrire sa prévoyance TNS : la méthode en cinq étapes
- Chiffrez votre besoin réel.
Additionnez revenu net mensuel et charges professionnelles incompressibles ; retranchez les prestations du régime obligatoire estimées sur vos trois derniers revenus déclarés.
- Auditez l'existant.
Contrat emprunteur, prévoyance de conjoint, garanties accidents de la vie : évitez les doublons et repérez les trous (le dos, le psychisme, l'invalidité partielle).
- Comparez à garanties strictement égales.
Même IJ, même franchise, même barème d'invalidité : c'est la seule comparaison honnête entre deux cotisations.
- Formalisez l'option Madelin.
Signez le volet fiscal du contrat et transmettez chaque année l'attestation de cotisations à votre expert-comptable pour la déduction.
- Réexaminez tous les deux ou trois ans.
Revenu en hausse, associé, naissance, crédit : la couverture doit suivre la trajectoire de l'activité, et les montants se revalorisent par simple avenant.