De son vivant, il est impossible de le savoir
Tant que l'assuré est en vie, vous ne pouvez pas savoir officiellement si vous figurez sur la clause bénéficiaire d'un de ses contrats. Cette clause est confidentielle et surtout révocable : le souscripteur peut la modifier à tout moment, sans prévenir personne. Aucun assureur ni fichier n'acceptera de vous renseigner.
Le seul cas où un bénéficiaire connaît sa situation à l'avance est celui de l'acceptation formelle, rare et strictement encadrée. En dehors de cette hypothèse, la réponse ne vient qu'au décès de l'assuré.
Cette confidentialité protège l'épargnant : il doit pouvoir organiser sa transmission en toute discrétion et la faire évoluer librement au fil de sa vie. L'envers du décor, c'est qu'un bénéficiaire peut ignorer totalement l'existence d'un contrat souscrit à son profit. C'est précisément pour combler ce risque que le législateur a mis en place des dispositifs de recherche, activables dès que le décès est survenu.
Bon à savoir
Un proche peut vous avoir désigné sans jamais vous le dire. C'est fréquent : de nombreux capitaux restent non réclamés faute d'information des bénéficiaires. D'où l'importance de lancer une recherche après un décès.
Après le décès : la recherche gratuite auprès de l'AGIRA
Dès qu'une personne décède, quiconque pense être bénéficiaire peut saisir l'AGIRA (Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance). Ce guichet unique, créé par la loi du 15 décembre 2005, interroge l'ensemble des sociétés d'assurance françaises en une seule demande. La recherche est totalement gratuite.
Vous n'avez pas besoin de connaître le nom de l'assureur ni le numéro du contrat : c'est justement tout l'intérêt du dispositif. Si un contrat existe à votre profit, l'assureur concerné prend contact avec vous. Pour comprendre le formulaire et les pièces exactes à joindre, consultez notre guide dédié à la recherche AGIRA d'un contrat d'assurance vie.
Peu importe votre lien avec le défunt : conjoint, enfant, ami, filleul ou association, toute personne qui s'estime potentiellement bénéficiaire peut interroger l'AGIRA. Vous n'avez pas non plus à prouver ce lien au moment de la demande. L'association ne vous dira pas elle-même si un contrat existe : elle sert de relais et ce sont les assureurs concernés qui reviennent vers vous directement lorsqu'ils vous identifient.
« Le premier réflexe après un décès n'est pas de deviner le nom de l'assureur, mais de saisir l'AGIRA. Une seule lettre, gratuite, ouvre l'accès à l'ensemble du marché : c'est la démarche la plus rentable qui soit. »
La procédure pas à pas
La saisine se fait par courrier ou en ligne. Dans les deux cas, une pièce est indispensable : l'acte de décès.
- Rassembler les informations.
Nom, prénom et date de naissance du défunt, ainsi que vos propres coordonnées complètes.
- Joindre l'acte de décès.
Une copie de l'acte de décès de la personne concernée est obligatoire pour toute demande.
- Adresser la demande à l'AGIRA.
Directement sur le site officiel de l'AGIRA ou par courrier postal.
- Attendre la prise de contact.
L'AGIRA transmet aux assureurs, qui reviennent vers vous s'ils vous ont identifié comme bénéficiaire.
Quels délais espérer ?
La loi encadre strictement ces délais. Comptez environ un mois entre votre demande et une première réponse, puis un mois de plus pour le versement une fois votre dossier complet.
| Étape | Délai maximal |
|---|---|
| Transmission de l'AGIRA aux assureurs | 15 jours |
| Réponse des assureurs interrogés | 1 mois |
| Versement après dossier complet | 1 mois |
Le chiffre
1 moisC'est le délai maximal de versement du capital une fois toutes les pièces reçues (article L132-23-1). Au-delà, les intérêts de retard courent automatiquement au profit du bénéficiaire.
Ces délais ne sont pas de simples indications : ils s'imposent aux assureurs. En cas de retard, le capital produit des intérêts dont le taux est majoré à mesure que le retard s'allonge. La loi du 13 juin 2014, dite loi Eckert, a nettement renforcé ces obligations pour lutter contre les contrats oubliés et forcer les compagnies à rechercher activement les bénéficiaires.
Contrats oubliés : les autres pistes
Si l'AGIRA ne donne rien mais que vous soupçonnez l'existence d'un contrat ancien, deux ressources complètent la recherche.
- Ciclade, le service gratuit de la Caisse des dépôts, recense les contrats dont les capitaux ont été transférés faute d'avoir été réclamés depuis dix ans.
- Le notaire chargé de la succession peut interroger le fichier FICOVIE, qui recense les contrats de plus de 7 500 €.
Ces capitaux dormants sont loin d'être anecdotiques. Pour savoir comment les récupérer avant qu'ils ne soient définitivement perdus, lisez notre dossier sur les assurances vie non réclamées.
Le fichier FICOVIE, tenu par l'administration fiscale, recense l'ensemble des contrats de plus de 7 500 € souscrits en France. Vous ne pouvez pas le consulter vous-même, mais le notaire chargé du règlement de la succession y a accès et peut vérifier si le défunt avait souscrit un contrat vous désignant. C'est un réflexe précieux lorsque la piste AGIRA reste sans réponse alors qu'un contrat vous semble probable.
Vous êtes identifié bénéficiaire : et après ?
Une fois en contact, l'assureur vous réclame un dossier avant de verser le capital.
- Votre pièce d'identité en cours de validité.
- L'acte de décès de l'assuré.
- Un justificatif de votre qualité de bénéficiaire (acte de notoriété selon la clause).
- Un RIB pour le virement du capital.
Le capital transmis reste hors succession dans la limite des plafonds légaux, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans.
Le versement peut prendre la forme d'un capital ou d'une rente, selon ce que prévoyait le contrat. Prêtez attention à la fiscalité applicable : elle dépend de la date des versements et de l'âge de l'assuré au moment où il a alimenté le contrat. En cas de doute sur votre part ou sur les justificatifs attendus, l'assureur est légalement tenu de vous accompagner jusqu'au paiement.
Attention
Ne tardez pas. Passé dix ans sans réclamation, les fonds sont transférés à la Caisse des dépôts, puis reversés à l'État au bout de trente ans. Le capital n'est donc pas éternellement disponible.